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photos © Isabelle Richer & Christian Baudelot

14 février 2017

Les Thélémites et l'équipe de L'Anthropologie pour tous au CESE

30 ans de lutte contre la pauvreté, et maintenant ? 

Standing ovation !

LE DISCOURS DES THELEMITES

 

INTRODUCTION (Salma Chaoui)

 

Nous ne sommes pas venus pour témoigner de la pauvreté.

Nous sommes venus pour témoigner de la solidarité.

Tout le monde sait que les habitants d’Aubervilliers et de Seine-Saint-Denis sont parmi les plus pauvres de France.

Mais la pauvreté, ce n’est pas une honte. On peut s’en sortir. Mais pour s’en sortir, il faut deux choses : le savoir et la solidarité.

Dans notre lycée et dans les villes où nous habitons, nous faisons tout pour cela.

Pour vous en convaincre, nous allons vous expliquer pourquoi nous avons créé 5 slogans, qui résument nos engagements, et que nous avons illustrés avec 5 photos.

 

TOUS DIFFERENTS, PAS DE DIFFERENCE

D’AILLEURS MAIS CHEZ NOUS

S’ENTENDRE POUR AVANCER

LE SAVOIR NE FAIT PAS DE DIFFERENCE

S’INSTRUIRE ICI POUR CONSTRUIRE ENSEMBLE

 

 

TOUS DIFFERENTS PAS DE DIFFERENCES (Maïsa Hammami)

 

Aubervilliers est une ville où tout le monde s’aide.

Et on ne demande pas qui sont les gens avant de les aider.

Par exemple, il y a un mois, le don du sang a récolté 17,6 litres de sang au lycée (46 volontaires). En pleine épidémie de grippe et en ne comptant que les élèves majeurs, c’est vraiment bien ! Et le sang qu’on donne sauvera des vies de riches ou des vies de pauvres et des vies de gens de toutes les origines.

A Aubervilliers, des associations organisent des repas solidaires qui permettent au plus démunis de venir manger gratuitement et sainement. Et là encore, on ne demande pas aux gens d’où ils viennent et qui ils sont.

Dans notre lycée, il y a presque 80 origines géographiques différentes. Celui qui arrive à faire la différence entre ces origines est vraiment très fort !

Quand les gens font des différences, souvent, ils s’arrêtent à la couleur de la peau. C’est pour cela que nous avons fait une photo avec toutes nos mains : que celui d’entre vous qui arrive à attribuer une origine à chaque couleur le dise ! On a fait le test au lycée et personne n’y arrive !

Si on joue à ce jeu-là, on est sûr de perdre ! TOUS DIFFERENTS PAS DE DIFFERENCES

D’AILLEURS MAIS CHEZ NOUS (Masséna Benaichouche)

 

D’AILLEURS MAIS CHEZ NOUS évoque à la fois le voyage, l’ouverture sur le monde, l’immigration, mais aussi le foyer, le cocon. Nombreux sont ceux qui viennent d’ailleurs, tous sont chez eux ici.

Il n’y a aucune contradiction à être à la fois d’ailleurs et d’ici, car ce qui fait l’identité d’un être humain est toujours pluriel.

Ouvrir les yeux sur toutes les cultures, sur tout ce qui nous entoure est bénéfique. Ensemble, nous voulons construire un village aux dimensions du monde, un village de solidarité.

A Aubervilliers de nombreuses associations permettent de découvrir les cultures des autres.

Ainsi Niruthiyalayam, une association ouverte à tous qui sensibilise à la culture indienne par le biais des danses, de la musique.

Auber sans la peur est une autre association très importante à Aubervilliers : elle a pour but de venir en aide aux sans papiers et lutte contre les expulsions des familles. Les réunions du comité ont lieu tous les jeudis soir à 18h. De nombreux élèves de notre lycée ont été régularisés grâce à l’aide des bénévoles d’Auber sans la peur.

On peut citer aussi d’autres lieux associatifs et d’autres associations installées à Aubervilliers : La Villa mais d’ici, Ensemble pour l’espoir et le développement ou encore la Caravane solidaire.

On remarque qu’à chaque fois les mêmes mots reviennent : ENSEMBLE et SOLIDARITE. Ces deux mots sont indispensables pour construire un monde où tous se sentent chez eux, d’où qu’ils viennent. Il n’y a pas d’étrangers sur la terre !

S’ENTENDRE POUR AVANCER (Gaye Diawara)

 

Beaucoup pensent que pour s’en sortir, dans la vie, il suffit de le vouloir !

Beaucoup croient aussi que la pauvreté rend égoïste. C’est faux !

Dans notre lycée, nous organisons plusieurs récoltes de vêtements et de nourriture en partenariat avec l'association « en avant Auber ».

Beaucoup de jeunes participent aussi à des maraudes pour aider les gens qui vivent dans la rue.

Chez nous l'entraide citoyenne est importante et spontanée.

Dans Paris, il y a des gens sur les trottoirs et d’autres qui passent sans les regarder. A Aubervilliers, on tend la main aux autres.

Même si on ne donne pas beaucoup, on donne toujours. On garde les enfants des voisins, on échange des services, on pousse les voitures en panne, on fait du troc et il existe des associations où on échange des objets, des jouets, des réparations, des cours d’informatique. Il y a même un magasin qui s’appelle La Fripouille qui organise le troc.

On s’aide aussi entre générations. On porte les courses des vieux, les enfants des écoles vont dans les maisons de retraite. Et dans les clubs sportifs, comme Karaté pour tous ou le club municipal de foot d’Aubervilliers, les jeunes licenciés encadrent les plus jeunes dans leur pratique sportive.

S’ENTENDRE POUR AVANCER, c'est s’entraider dans le but d'avancer et de progresser ensemble.

LE SAVOIR NE FAIT PAS DE DIFFERENCE (Ahmed Benali)

 

LE SAVOIR NE FAIT PAS DE DIFFERENCE, cela signifie que l’origine culturelle ou sociale de quelqu’un ne compte pas quand il s’agit d’apprendre.

Mais parfois, les moyens manquent pour apprendre.

L’association « Forces des mixités », soutenue par Mac Tyer, un célèbre rappeur français issu d’Aubervilliers, offre des fournitures scolaires aux jeunes des quartiers défavorisés. Un crayon, un stylo, un cahier, une calculatrice, cela peut paraître anodin ! Quand les profs demandent d’en acheter, ils ne se rendent pas toujours compte que 4 ou 5 calculatrices par famille, c’est cher ! Le matériel scolaire est un véritable investissement : si on n’en a pas les moyens, cela peut créer des différences.

Le Conseil de la vie lycéenne du lycée Le Corbusier organise aussi une récolte de livres avec l’association « Cœur d’or ». Avoir un « cœur d’or », c’est quoi ? C’est faciliter l’accès à la culture et permettre aux jeunes de s’en forger une, en leurs offrant la possibilité de posséder des livres chez eux. Avoir un livre à soi, ce n’est pas comme l’emprunter à la médiathèque et devoir le rendre. Quand on a un livre à soi, on possède la preuve qu’on l’a lu. Vivre avec des livres chez soi, ça rassure ! S’il y a des livres à la maison, ça veut dire que les livres ne sont pas seulement à l’école.

Pour aider tout le monde à penser et à écrire, il y a aussi plein d’initiatives.

Par exemple, des débats philosophiques ouverts à tous sont organisés dans la médiathèque de la Courneuve.

Autre exemple, à Aubervilliers, un écrivain public aide ceux qui ne savent pas écrire en français dans leurs démarches administratives.

Au lycée Le Corbusier, les élèves sont aussi très souvent en contact avec des savants, des chercheurs et des professeurs très renommés. Par exemple, la semaine dernière, nous sommes allés au Collège de France assister au cours du professeur Grimal. Un cours d’égyptologie pour des lycéens, ça n’arrive que chez nous ! Les élèves des classes scientifiques vont aussi au Collège de France rencontrer les chercheurs lors de la Fête de la science. Au Projet Thélème, nous travaillons avec Jean-Loïc Le Quellec, qui est anthropologue, et Christian Baudelot, qui est sociologue : et eux aussi, ils ne viennent que chez nous !

Il y a aussi d’autres projets : une préparation au concours de Sciences-Po, des sorties au théâtre, des ateliers de théâtre, et plein d’ateliers culturels le mardi après-midi pour les élèves volontaires.

S’INSTRUIRE ICI POUR CONSTRUIRE ENSEMBLE (Salma Chaoui)

 

Les habitants d'Aubervilliers ont compris depuis longtemps que la culture était aussi indispensable que le pain.

Le Théâtre de la Commune a été fondé en 1960. Depuis presque 60 ans, il y a un des 35 Centres Dramatiques Nationaux dans une des villes les plus pauvres de France.

Un pauvre, ce n’est pas seulement un ventre vide. Un pauvre, c’est aussi un esprit et des émotions.

La culture ne doit pas être réservée aux riches.

Dans notre lycée, le lundi et le jeudi, on organise des goûters-révisions. On remplit les ventres et l’esprit en même temps.

Pourquoi ?

Parce que, quand on a faim, on ne travaille pas bien, on est déconcentré, on ne pense qu’à son ventre. Quand il est rempli, on peut travailler. On travaille ensemble. Les meilleurs aident les plus faibles.

Les élèves qui ont du mal à se concentrer chez eux, parce que l’espace et le calme leur manquent, travaillent mieux, plus sereinement.

Après, on rentre chez soi, dans sa famille, l’esprit plus tranquille.

Il y a aussi beaucoup d’associations d’aide aux devoirs. De nombreux élèves aident aussi leurs frères et sœurs, et, parfois, aussi, leurs petits voisins. A La Courneuve, à Aubervilliers, les enfants sont nombreux et sont très importants.

Des associations comme l'Action de Solidarité pour une Autonomie Durable, à La Courneuve, réunissent des bénévoles, des parents d'élèves et des habitants du quartier pour organiser la solidarité et la fraternité.

Le samedi, dans les médiathèques de Plaine-Commune, des bénévoles aident les élèves à faire leurs devoirs.

A Aubervilliers, l’OMJA (Office Municipal de la Jeunesse d'Aubervilliers) offre aux jeunes de 13 à 25 ans, des activités de loisirs ou d'éducation. L’OMJA permet aussi aux enfants qui ne partent pas en vacances de voyager et de découvrir le monde. Les vacances, c’est comme la culture : ça ne devrait pas être réservé aux enfants riches. A Aubervilliers, il y a aussi plein d’initiatives : par exemple un café culturel, Le Grand Bouillon qui accueille des débats philosophiques, des concerts et bien d’autres événements.

L'accès à l'instruction et à la culture permet de s'élever : les élèves du lycée le savent.

C'est ce qu’illustre notre slogan et c’est ce que nous faisons dans notre lycée : S’INSTRUIRE ICI POUR CONSTRUIRE ENSEMBLE. 

L'ensemble de la séance : à écouter, à 2.57.30, le salut aux élèves

de Gilles Pécout, recteur de l'Académie de Paris.

Et surtout, à 54min, le témoignage de Martine Le Corre, bouleversant !

Moustafa et François...